Suppressions de postes à l’AEFE, l’addition est salée…

Suite à l’annonce, l’été dernier, de la coupe budgétaire de 33 millions, l’Agence a décidé d’un vaste plan de suppressions de postes d’agents détachés (résidents et expatriés) : 180 postes pour la rentrée 2018 (80 expatriés et 100 résidents) puis 166 postes pour la rentrée 2019 (66 expatriés et 100 résidents). Pour la rentrée 2020, après une annonce initiale d’une troisième vague de suppressions de 166 postes, l’Agence se veut maintenant prudente et attend d’avoir les éléments budgétaires suffisants pour se prononcer.

Une mesure structurelle pour répondre à un effort budgétaire ponctuel…

C’est le paradoxe que nous avions pointé lors de la présentation de ce plan de suppressions. Avec la décision de la coupe budgétaire, l’Agence était sommée de faire un effort budgétaire certes important mais ponctuel puisque la subvention de 2018 était remise au niveau de début 2017… Tel était le discours gouvernemental à la rentrée dernière. Pourquoi alors supprimer des postes  alors que ce type de mesure a un effet structurel (il n’est pas prévu de ré-ouvertures pour les prochaines rentrées )? On comprend mieux ce choix si on analyse le budget de l’Agence qui présente un déficit structurel dû à la prise en charge de la part patronale des pensions civiles de ses agents détachés (voir cet article). D’ailleurs l’ Agence l’a clairement reconnu lors du Conseil d’administration du 28 juin : alors qu’une question a été posée sur le sujet, la réponse a été « on supprime des postes » !

Quel bilan pour l’Espagne en 2018 ?

Ce ne sont pas moins de 21 suppressions ou « gels » de postes de détachés qui ont été décidées pour les établissements français en Espagne au cours de cette année scolaire 2017-2018. Certaines sont déjà actées, d’autres le seront officiellement pour la rentrée 2019 mais les postes étant « gelés » dès la rentrée 2018, l’impact budgétaire sur les établissements sera immédiat. Voici le récapitulatif par établissement :

  • Alicante : 1 résident (gelé), 1 expatrié (rentrée 2019) ;
  • Barcelone : 4 résidents ;
  • Barcelone (Lesseps) : 1 résident (gelé) ;
  • Bilbao : 1 résident (gelé) ;
  • Madrid : 7 résidents (dont 1 gelé), 1 expatrié ;
  • Malaga : 1 expatrié ;
  • Valence : 3 résidents (dont 1 gelé) ;
  • Villanueva de la Cañada : 1 résident (gelé).

La deuxième vague de suppressions est déjà bien entamée…

Le Comité technique (CT) de l’AEFE s’est réuni le 2 juillet dernier pour étudier, entre autres, la première phase de la carte des emplois pour la rentrée 2019 (voir compte rendu détaillé ici). Habituellement, ce Comité technique ne concerne quasiment que les postes d’expatriés car le processus de recrutement commence dès septembre. Cette année aura été singulière avec un bilan éloquent : 135 suppressions dont 66 postes d’expatriés et 69 postes de résidents… Les 66 suppressions d’expatriés répondent donc à la commande gouvernementale et les 69 postes de résidents seront complétées par de nouvelles suppressions décidées lors des CT de décembre puis février. Il est à noter toutefois que pour les suppressions de postes de résidents aucune interruption de contrat n’a été décidée (ce qui est une bonne nouvelle), cela signifie donc que ces postes sont d’ores et déjà vacants donc l’impact sur les budgets des établissements sera effectif dès la rentrée 2018 ! L’Agence a également annoncé lors de ce CT que 38 autres postes vacants n’ont pu être pourvus pour cause de refus de détachements, cela aussi seront « gelés » à la rentrée 2018… Attention, lors des CT de novembre et février, il faudra fermer plus 31 postes de résidents pour arriver à la commande de 100 fermetures car des fermetures de postes d’expatriés seront compensées par des ouvertures de postes de résidents dans les pays les moins attractifs.

Des conséquences lourdes pour la formation, l’accompagnement et l’animation pédagogique…

Parmi les 66 suppressions de postes d’expatriés, on compte 58 postes d’enseignants du secondaire à mission de conseiller pédagogique (EEMCP2). L’évolution du nombre EEMCP2 est très alarmante : il y en a 428 cette année, il y en aura 349 à la rentrée 2018 et 291 à la rentrée 2019, soit une baisse de 32% en 2 ans…

Ce type de poste est pris en charge à 100% par l’AEFE, ces enseignants bénéficient d’une décharge de service pour assurer une mission de formation, d’accompagnement et d’animation pédagogique sur le terrain (au niveau de l’établissement, du pays ou de la zone d’affection). Ces suppressions ont donc un impact important sur le budget de l’établissement d’affectation mais également sur l’ensemble de la zone de mutualisation (regroupement d’établissements d’une même zone géographique qui « cotisent » pour bénéficier d’action de formation continue des personnels, de missions d’EEMCP2, d’accompagnement de leurs personnels etc…)

Par exemple pour la zone de mutualisation Europe ibérique (qui regroupe les établissements d’Espagne et du Portugal), l’Agence a décidé, pour la rentrée 2019, de la suppression d’un EEMCP2 de mathématiques affecté au lycée français d’Alicante. Après cette suppressions, il n’y aura plus d’EEMCP2 de mathématiques sur cette zone qui compte 22 établissements !  Lorsqu’on interroge l’Agence sur les conséquences pour la formation des personnels, la réponse est que des EEMCP2 d’autres zones d’Europe pourront intervenir et que des formations pourront être mises en place avec l’académie partenaire (Toulouse).  Malheureusement, il n’y aura plus que deux EEMCP2 de maths (un a Bruxelles, l’autre à Belgrade) pour toute l’Europe ! Et pour ce qui est de l’académie partenaire, aucune discussion sur les moyens disponibles pour intervenir sur la zone n’a été entamée… Autant dire que les solutions avancées auront du mal à se concrétiser ! Les collègues de maths de la zone ne sont d’ailleurs pas dupes et ont immédiatement écrit au Directeur de l’AEFE pour l’alerter sur ce point (courrier).

Conclusion…

Ce plan de suppressions de postes a bien plus de conséquences sur le réseau qu’une simple réponse à un effort budgétaire ponctuel suite à la coupe de 33 millions d’euros. Il transfère encore un peu plus, et durablement, le financement du réseau sur sa partie privée (droit d’écolages), fragilise les taux d’encadrement par des titulaires de la fonction publique française et déstabilise les actions de formations et d’accompagnement pédagogique mises en place sur le terrain.

S’il s’agit de résorber le déficit structurel lié à la prise en charge de la part patronale des pensions civiles, l’annonce du maintien de la subvention de l’Agence pour 2019 ne suffira pas et la 3e vague de suppressions de postes initialement annoncée risque bien d’être mise en oeuvre. À moins que les conclusions de la mission inter-ministérielle  ne préconisent d’autres voies passant par un renforcement  du financement public de l’AEFE, ce qui serait enfin une bonne nouvelle pour le réseau d’enseignement français à l’étranger.

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